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Entre États-Unis et Afrique, un partenariat à
redéfinir
December, 2022
Le Secrétaire d'Etat américain
Antony Blinken s'exprime le mardi 13 décembre 2022 à
Washington à l'occasion du Forum des jeunes leaders et de la diaspora
africaine. © Evelyn Hockstein/Pool via AP
Washington accueille cette semaine le 2ème Sommet entre les
États-Unis et le continent africain. La précédente
édition avait eu lieu il y a huit ans, autrement dit une
éternité. Le défi pour les Américains, retrouver
leur place face aux offensives russe et chinoise. Avec quels arguments? Quels
moyens? L'analyse de Christopher Fomunyoh, directeur régional pour
l'Afrique du think tank américain National Democratic Institute.
Entretien.
TV5MONDE: Que faut-il attendre de ce 2ème sommet
USA-Afrique?
Christopher Fomunyoh, politologue, directeur régional pour
l'Afrique du think tank américain National Democratic
Institute: Compte tenu du temps écoulé depuis le
premier sommet organisé en 2014 par Barack Obama, et compte-tenu de la
cassure très nette de la politique américaine vis-à-vis de
l'Afrique sous la présidence de Donald Trump, je pense que
l'administration Biden veut renouer avec cette habitude et, surtout, envoyer un
message fort aux Africains et à leurs leaders politiques: l'Afrique a du
poids sur l'échiquier international des Etats-Unis.
Je pense également qu'on ne peut pas négliger la compétition
d'influence qui se joue actuellement sur le continent africain. L'Afrique s'est
ouverte à d'autres types de relations avec d'autres partenaires, et en
cela, les anciens partenaires voient un intérêt au renforcement des
relations.
"Les anciens partenaires (de l'Afrique) voient un
intérêt au renforcement des relations."
Christopher Fomunyoh, politologue
TV5MONDE: Quand vous évoquez les nouveaux partenaires, vous faites
référence évidemment à la Chine et à la
Russie dont la présence sur le continent se fait de manière
très concrète. De leur côté, que proposent les
Américains?
Christopher Fomunyoh: La Russie se positionne sur l'aspect
sécuritaire, mais je ne peux pas à l'heure actuelle identifier des
projets de développement financés par les Russes. Du
côté de la Chine, on voit concrètement le
développement d'infrastructures comme des routes ou des hôpitaux,
mais leur approche en termes de transparence dans les transactions n'est pas
très rassurante.
Pour la plupart, il s'agit de projets financés sur la base d'une
importante dette extérieure, mais les populations et leurs
représentants -notamment les députés- ne connaissent pas le
contenu de ces contrats.
Le président du Niger, Mohamed Bazoum,
participe le mardi 13 décembre au forum paix, sécurité
et gouvernance lors du sommet Etats-Unis - Afrique de Washington.
© Evelyn Hockstein/Pool via AP
Partant de là, à mon sens, le fait de mettre, dans ce sommet,
l'accent sur les "valeurs partagées" et sachant que démocratie et
bonne gouvernance sont des valeurs centrales pour les Américains, je
suppose que toute assistance américaine sera portée par ces
valeurs. Je pense à des investissements pour l'ouverture des plateformes
de communication, l'accès à internet. Je suppose que les
États-Unis seront attentifs à la participation des femmes et des
jeunes. De quoi différenciers les approches américaines et celles
d'autres partenaires du continent africain.
"Des milliers de personnes cultivent ces produits qui
se retrouvent à un bon prix sur le marché américain.
Leurs conditions de vie ont été améliorées par
cet accès au marché
américain." Christopher Fomunyoh,
politologue
(Re)lire - Sommet
de l'Afrique à Washington: Joe Biden veut peser autant que la
Russie et la Chine sur le continent
TV5MONDE: Convernant les valeurs, depuis l'an 2000, aux
États-Unis, il existe une loi qui conditionne l'aide
américaine à la question de la démocratie. Cette loi,
baptisée AGOA (African
growth and opportunity act, loi sur la croissance et les
opportunités économiques en Afrique) arrive à
échéance en 2025. Sa reconduction est-elle sur la
table?
Christopher Fomunyoh: Cette loi a favorisé l'accès
des produits africains au marché américain, qui est un
marché à grande potentialité. Cela a permis de
développer la production de certains biens exportables et, par
conséquent, l'économie brute nationale dans un certain nombre de
pays. J'ai eu, par exemple, l'occasion de rencontrer des
Sénégalais qui, grâce à l'AGOA, ont pu créer
un marché lié à la cuisine sénégalaise
à New York et dans certaines grandes villes américaines.
Aujourd'hui, des milliers de personnes cultivent ces produits qui se retrouvent
à un bon prix sur le marché américain. Leurs conditions de
vie ont été améliorées par cet accès au
marché américain. Il y a eu aussi des améliorations en
matière de balance de paiement entre ce que ces pays africains ont pu
exporter vers les États-Unis et ce qu'ils ont importé en
provenance des Etats-Unis. Cette loi AGOA arrive à échéance
en 2025 et la question du prolongement du dispositif aurait intérêt
à être abordée à l'occasion de ce sommet.
Le chef de la diplomatie américaine
Antony Blinken s'entretient avec le président congolais Félix
Tshisekedi le mardi 13 décembre 2022 à Washington.
© Evelyn Hockstein/Pool via AP
(Re)lire - Sahel: "l'armée
américaine joue un rôle crucial dans le soutien logistique
à Barkhane" (Décembre 2021)
TV5MONDE: Une cinquantaine de dirigeants africains ont fait le
déplacement à Washington, c'est colossal. On peut parler de
réussite diplomatique pour les Américains...
Christopher Fomunyoh: Tous les pays qui ne sont pas sous
sanction de l'Union africaine ont été invités. Cela
représente 49 États. C'est un succès évident
même si l'on peut s'interroger sur la participation de certains chefs
d'Etat dont les valeurs ne correspondent pas aux priorités définis
par l'administration Biden.
TV5MONDE: Parmi les chefs d'Etat présents, on note le congolais
Félix Tshisekedi et le Rwandais Paul Kagame. Si le premier a dû
écourter son séjour pour cause d'inondations
meurtrières à Kinshasa, leur présence simultanée
au même endroit, ce que n'avait pas réussi le Sommet de la
francophonie à Djerba, est un bel exploit diplomatique. Faut-il
s'attendre à des avancées?
Christopher Fomunyoh: Lorsque des dirigeants se
réunissent quelque part, il y a l'agenda officiel connu du tous, mais il
y a aussi des appartés et des conversations dans les couloirs. Je me
souviens que lors de son dernier déplacement sur le continent africain,
le Secrétaire d'Etat américain Antony Blinken s'était
rendu à Kinshasa puis à Kigali. Je ne serais donc pas
surpris si, en arrière-plan, le Sommet de Washington était
l'occasion pour les deux présidents de s'entretenir pour baisser la
tonalité de leurs échanges et œuvrer pour la paix dans la
zone des Grands Lacs.
(Re)lire -
RDC - Rwanda: entre diplomatie des chefs d'Etat et force militaire
régionale, que faire face au M23?
panafricanvisions.com
Dr. Christopher Fomunyoh
Président, The Fomunyoh Foundation
christopher.fomunyoh@tffcam.org
www.tffcam.org
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